Le tilapia est-il autorisé en France ?
Le sujet traîne beaucoup d'approximations, dans les deux sens. On lit aussi bien que le tilapia serait purement et simplement interdit que l'on peut en élever librement. Ni l'un ni l'autre n'est exact, et la réponse se construit texte par texte.
Commençons par ce qui n'est pas en cause. Le tilapia du Nil ne figure pas sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne, ni sur les listes de l'arrêté du 14 février 2018 pour la métropole, ni à l'article R432-5 du code de l'environnement qui énumère les espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques, limitée pour les poissons au poisson-chat et à la perche soleil. Sa détention n'est donc frappée d'aucune interdiction générale, ce qui explique que des aquariophiles en détiennent sans démarche particulière.
Il est en revanche absent de l'arrêté du 17 décembre 1985, qui fixe la liste des espèces de poissons représentées dans les eaux françaises. Or l'article L432-10 du code de l'environnement punit d'une amende de 9 000 euros le fait d'introduire, sans autorisation, des poissons non représentés dans les eaux relevant du titre III du livre IV. Selon la doctrine administrative, ces eaux ne se limitent pas aux cours d'eau, elles couvrent aussi les plans d'eau, les eaux closes et les piscicultures. L'autorisation prévue à l'article R432-6 ne peut être délivrée par le préfet qu'à des fins scientifiques, sauf pour les quelques espèces listées par l'arrêté du 20 mars 2013, certains esturgeons et la carpe amour, parmi lesquelles le tilapia ne figure pas. Mettre des tilapias dans une mare, un étang ou un bassin extérieur est donc à écarter sans hésiter. Le cas d'un aquarium d'intérieur ou d'une cuve hors sol est plus flou, aucun texte consulté ne les visant expressément et aucune décision publiée ne semblant avoir tranché la question.
Pour un élevage, le texte central est le règlement européen 708/2007 sur l'utilisation en aquaculture des espèces exotiques. Son article 2 précise qu'il s'applique à toute activité aquacole, indépendamment de sa taille, et n'exclut de son champ que la détention d'animaux d'ornement en animalerie, jardinerie, bassin de jardin confiné ou aquarium. Son annexe IV dispense de permis une liste d'espèces bien installées en Europe, truite arc-en-ciel, carpe commune, silure, sandre et quelques autres. Le tilapia du Nil y figure, mais uniquement dans la partie B, réservée aux départements d'outre-mer. En métropole, il reste donc soumis au permis, instruit par les services du préfet de département.
Depuis 2011, ce permis n'est plus exigé lorsque les poissons sont destinés à une installation aquacole fermée, c'est-à-dire une installation à terre, en recirculation, dont les rejets n'ont aucune connexion avec les eaux libres. La contrepartie est que l'installation doit être inscrite sur une liste nationale publiée. Sur le papier, élever du tilapia en circuit fermé ou en aquaponie en France n'est donc ni interdit ni libre, c'est encadré. Dans les faits, la porte semble très peu empruntée. La liste française des installations aquacoles fermées publiée par le ministère de l'Agriculture, dans sa version mise à jour au 31 août 2017 et toujours en ligne, ne comporte aucun nom, et le registre des demandes de permis ne contient qu'un exemple de remplissage fictif, portant d'ailleurs sur un tilapia. Ces documents peuvent ne plus être tenus à jour et leur silence ne prouve pas qu'aucun élevage n'existe, mais aucune installation autorisée n'apparaît publiquement.
En clair, si vous êtes en France métropolitaine, considérez que l'introduction en bassin extérieur est à proscrire, que la détention en aquarium d'intérieur relève d'une zone grise que personne ne semble inquiéter, et qu'un projet de production suppose une démarche préalable auprès de la direction départementale des territoires et de la direction départementale de la protection des populations, avant d'acheter le moindre alevin. Dans les départements d'outre-mer, le tilapia est au contraire expressément dispensé de permis. Ailleurs en Europe, le cadre est souvent plus ouvert et l'élevage en circuit fermé se pratique couramment, notamment aux Pays-Bas et en Belgique. Et partout, une règle ne souffre aucune exception, l'installation ne doit produire aucun rejet vers le milieu naturel, trop-plein et vidange compris.