Ce que dit la loi selon les pays d'Europe
Le point est systématiquement absent des guides francophones, et il est pourtant déterminant. Partout en Europe occidentale, le héron cendré est protégé et un particulier ne peut ni le tuer, ni le capturer, ni le piéger, ni détruire son nid, ni le perturber intentionnellement. En France, le fondement juridique actuel est l'arrêté du 29 octobre 2009, complété au niveau européen par la directive Oiseaux 2009/147/CE et par l'annexe III de la convention de Berne. La loutre relève de l'arrêté du 23 avril 2007 et de la directive Habitats, la couleuvre helvétique et les amphibiens indigènes de l'arrêté du 19 novembre 2007.
Les différences entre pays portent sur les régimes de dérogation, jamais sur le principe. La Belgique applique en Wallonie une protection intégrale de tous les oiseaux sauvages européens. La Suisse, qui n'est pas membre de l'Union, protège le héron au titre de sa loi fédérale sur la chasse. L'Allemagne et les Pays-Bas transposent la directive Oiseaux dans leurs législations nationales, avec une gestion largement confiée aux Länder côté allemand. Le Royaume-Uni conserve depuis le Brexit la protection issue du Wildlife and Countryside Act de 1981. Dans tous les cas, les dérogations éventuelles visent les piscicultures professionnelles pouvant démontrer un dommage sérieux.
La conséquence pratique est limpide. Seule la dissuasion passive est licite, filets, grilles, fils, clôtures électriques basse tension, effaroucheurs et aménagement du bassin. Un filet mal tendu ou à maille inadaptée, susceptible de capturer un oiseau protégé, vous exposerait à une qualification de destruction ou de mutilation. La rigueur d'installation n'est donc pas seulement une question d'efficacité.
Le cadre européen est commun, son application ne l'est pas. La directive Oiseaux et la directive Habitats couvrent toute l'Union, et la convention de Berne s'étend au-delà. Le héron cendré, la loutre, les couleuvres et les amphibiens sont donc protégés dans l'ensemble de nos marchés. En revanche, les textes d'application, la liste des dérogations possibles et l'autorité qui les délivre changent d'un pays à l'autre, et les références françaises citées plus haut n'y sont pas transposables.
La conséquence est simple. Ne piégez pas, ne capturez pas et n'écartez pas par la force un animal protégé sans avoir vérifié la règle applicable chez vous auprès de votre service de la faune sauvage. Les méthodes d'exclusion décrites dans ce guide, filet tendu, fil, grille et couverture de surface, restent licites partout parce qu'elles ne touchent pas l'animal : ce sont elles qu'il faut privilégier, et elles sont de toute façon les plus efficaces.